La technique pour faire parler n’importe qui

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Est-ce que tu as déjà été confronté à une situation où un groupe de personnes est plus « présent » que d’autres, dans une formation ou dans une activité de groupes ?

C’est toujours les mêmes qui parlent, qui s’expriment, qui donnent leurs avis, qui racontent leurs expériences…

Pendant que d’autres se mettent en retrait, s’estompent jusqu’à devenir invisibles. À l’issue de la formation, tu ne te rappelles même plus de leurs prénoms…

Aujourd’hui, grâce à la technique du photolangage, je vais t’expliquer comment créer un espace où n’importe qui peut prendre la parole en toute liberté et de manière pertinente et efficace.

Après, tu peux toujours te débrouiller le lasso de Wonder Woman et obliger les gens à dire la vérité. Mais en attendant d’en trouver une copie sur eBay (méfie toi des contrefaçons), essayons de comprendre ce qui empêche les gens de parler.

Nous ne sommes pas tous égaux…

… face à l’expression orale. Voire l’expression tout court.

Si certains sont extravertis et adorent participer, d’autres sont au contraire introvertis, ou timides. J’insiste sur le « ou », car les introvertis ne sont pas des timides et vice versa. On peut classer les inexpressifs en quelques catégories :

Les introvertis

C’est des personnes qui ne sont pas à l’aise en société. Ils préfèrent être seuls ou dans des petits groupes. Dès qu’ils se sentent submergés par trop de monde autour d’eux, ils se mettent en retrait.

Les timides

Qu’ils soient seuls, en petit ou grand comité, ils ont de véritables blocages, tremblent à l’idée de se couvrir de ridicule, rougissent quand ils prennent la parole. Pour éviter celà, ils s’éclipsent et se font très discrets.

Les réservés

C’est des gens qui peuvent très bien parler et s’exprimer, mais ils sont de nature discrète. Ils préfèrent observer plutôt que d’intervenir. Ils sont en général calmes et bienveillants, mais préfèrent qu’on leur fiche la paix.

Les désintéressés

Pour une raison ou pour une autre, là et en ce moment même, l’activité ne les excite pas plus que ça. Ils ont la tête ailleurs (très souvent sur leur smartphone) ou se sentent forcés d’être ici et n’ont aucune envie d’être interpellés.

Face à tant de mutisme, l’animateur doit jouer son rôle (lien) et donner un coup de pieds (gentil) dans la fourmilière. L’animateur dispose ainsi d’une panoplie d’outils et d’accessoires qui permettent d’inciter les gens à faire leurs parts et d’équilibrer les niveaux de participation. Nous avons par exemple, déjà vu le tour de table (lien), qui pousse en quelque sorte chaque participant à avoir son petit moment de gloire.

Mais même dans un tour de table, les participants qui ne sont pas « motivés », peuvent toujours dire « je passe » ou « je n’ai rien à ajouter ».

C’est là où le photolangage sera différent. Car cette technique ne se contente pas d’offrir aux participants leur moment de gloire ; elle leur donne envie de l’investir !

Qu’est-ce que le photolangage

Le photolangage consiste à donner aux participants une collection d’images et de photos, et de les laisser choisir celle qui leur parle le plus.

C’est toujours en lien avec une thématique. Le choix n’est pas aléatoire, il faut qu’il permette de créer une connexion avec un sujet donné.

Par exemple, si on utilise le photolangage pour les présentations, la photo choisie par le participant doit lui permettre de dire « qui il/elle est ».

Marc est timide, il est aussi introverti et réservé. Mais Marc n’est pas invalide, il peut très bien se lever, observer des photos éparpillées sur une table et en choisir une. Il choisira la photo d’un désert.

Lorsque chaque participant montre la photo choisie, Marc montrera la sienne et dira « j’ai choisi cette photo car, comme le désert, je me sens à la fois vide, et rempli de mystères… ça me fait aussi penser à ma solitude… »

Bon, Marc est déprimant. Passons à Nathalie, elle a choisi un truc avec des papillons éphémères :

Nathalie : « j’ai choisi cette photo qui représente des papillons. En fait, les papillons éphémères ne vivent que 24 heures et doivent donc profiter de chaque instant et c’est moi ; j’essaie de vivre l’instant présent et de profiter de chaque moment de la vie ^^ »

La mécanique est toujours la même : on annonce un thème, on étale des photos, on laisse les participants choisir en silence puis on les laisse expliquer leur choix à tour de rôle.

Et pourtant, ça marche !

Le photolangage ne cessera jamais de me surprendre. J’ai vu des gens passer d’un mutisme catégorique, à une avalanche de paroles et d’émotions. Au fil des ans, j’ai essayé de comprendre « pourquoi ça marche ? », qu’est-ce qui fait que, lorsqu’une personne choisit une photo, ça s’accompagne d’une volonté de vider son sac et ça continue tout au long de l’activité…

J’ai pu tirer mes propres petites conclusions :

L’action

L’humain aime agir. Le photolangage ne se limite pas à demander aux gens de « dire » mais à « agir ». En effet, pour arriver à l’étape où l’on présente sa photo, on doit d’abord se lever, observer, fouiller, sélectionner, saisir…etc. Il y a un engagement, on a fournit un effort et on sent donc l’envie de capitaliser sur cet effort.

Et surtout, le fait de bouger génère un engagement vis-à-vis de la formation ou de la réunion. On se sent déjà un tout petit peu plus impliqué, on n’est plus juste assis à écouter les autres. On est soudain « dedans » !

Le choix

L’humain aime choisir. Même si beaucoup disent le contraire, il y a quand-même un plaisir à pouvoir choisir quelque chose. Sinon, toutes les campagnes marketing qui nous proposent depuis quelques années, de tout personnaliser (jusqu’à notre bouteille de soda), n’auraient pas fait mouche.

Choisir, c’est se distinguer, c’est s’individualiser et se démarquer. Lorsqu’on fait un choix, on existe, on s’affirme et on se définit en tant que personne.

Encore une fois, on n’est plus une personne lambda assise parmi tant d’autres, on est soudain « soi « → MOI .

Le partage

L’humain aime raconter sa vie, même s’il ne le ressent pas. Expliquer aux autres nos choix, notre raisonnement, essayer de montrer qu’on est subtil, qu’on a fait un effort intellectuel…etc. Ça fait partie du charme de notre nature humaine.

Une fois la photo choisie, on a envie de partager avec les autres notre résultat. C’est pas pour rien que, dès que quelqu’un fait un test du style « Quel personnage de Disney es tu ? », il s’empresse de publier le résultat sur son profil Facebook.

La synergie

Dernier paramètre qui rend cette technique très puissante, c’est la synergie qui se crée au moment du partage. Plus les gens présentent leurs choix, plus ça donne envie aux autres de faire pareil. Donc même si certains restent réservés au début de l’exercice, arrivera un moment où ils sentiront qu’il « se passe un truc » et ressentiront naturellement l’envie d’en faire partie.

En fonction de l’objectif de l’exercice, on peut obtenir des niveaux de synergie différents, allant même jusqu’à créer une véritable communion au sein du groupe.

Comment je fais ?

Si tu as envie d’expérimenter le photolangage, il suffit de suivre la méthode suivante :

  • Découper dans des magazines une cinquantaine de photos diverses et variées ;
  • Au moment d’animer l’exercice, tu étales ces photos sur une table ou au sol ;
  • Tu expliques aux participants « l’objet » de l’exercice :
    • Présentations individuelles
    • Débat sur une thématique sensible
    • Discussion autour d’une problématique
    • Evaluation de la formation
    • Comment on se sent…etc.
  • Les participants ont quelques minutes, en silence, pour parcourir les images et en choisir une, chacun ;
  • Une fois que chacun a sélectionné sa photo puis prise, tu animes une discussion où on présente ses photos à tour de rôle ;
  • Lorsque tout le monde a partagé son choix, tu passes à la phase 2, qui va dépendre de l’objet (un débat, une conclusion, des travaux de groupe, un brainstorming, une décision…).

J’ai combiné cette technique avec les cartes du jeu de société Dixit. Tu pourras trouver tous les détails dans cette fiche pratique, disponible également dans la partie « Outils ».

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